Dès le départ, je voulais que mon blog ne serve pas à n'importe quoi. Je ne souhaitais pas écrire simplement pour lister mes actes quotidiens, tous plus banals les uns que les autres. Par exemple, ne pas dire des choses du genre "aujourd'hui, j'ai mangé un sandwich au jambon et j'ai terminé The legend of Zelda : The wind waker sur Gamecube".
J'essaie en général d'utiliser les évènements qui arrivent dans ma vie, si infimes soient-ils, pour proposer une certaine réflexion, aussi simpliste puisse-t-elle être, sur moi et les autres. Je passe pourtant une grande partie de mon temps à manger et à jouer à la Gamecube, surtout en ce moment, par ces temps obscurs de pré-canicule. Alors, comment vais-je mettre à jour mon blog en restant devant la télé une manette dans une main et un sandwich dans l'autre? La Vie, jamais avare de solutions trouvées à la va-vite, répondit à ma question hier soir, alors que j'étais, encore une fois, en train d'âbimer volontairement ma vue et mon cerveau assis sur le canapé, la télé et la console allumées.
Le hasard (le destin?) voulut qu'au moment où la sonnette retentit, mon colocataire, plus proche de la porte d'entrée que moi, écoutait de la musique un casque sur les oreilles et ne l'entendit donc pas. Ayant appris, dès mon plus jeune âge, à être poli et à respecter au maximum les gens, je sautai, ou presque, vers la personne qui venait de sonner.
Sans avoir le temps de comprendre ce qui m'arrivait, je fus assailli par un flot de paroles initerrompu. Mon cerveau, qui n'en demandait pas tant, après s'être donné du mal pour assimiler tous ces bruits transformés sous la forme d'un language intelligible, me fit comprendre que le mystérieux visiteur qui se trouvait en face de moi était un jeune en situation difficile hébergé dans un foyer de jeunes travailleurs. Pour avoir une chance de s'en sortir, me dit-il, il demandait aux gens de l'aider en leur proposant d'acheter des peluches coûtant chacune 20 euros.
Après qu'il eût fini de parler, j'avançai les arguments qui servent habituellement à repousser les quémandeurs en tous genres : "je suis chômeur, je suis à découvert, etc." Ce qui est vrai en ce moment. Visiblement à l'aise pour communiquer et pour obtenir ce qu'il veut, le jeune en question me répondit que c'étaient justement les personnes au compte bancaire modeste qui aidaient le plus, qu'il y avait toujours des naissances et des anniversaires dans les familles et qu'une peluche était un cadeau idéal pour ces occasions, que mon chèque pouvait être débité dans un ou deux mois si je le voulais, ce qui me permettait de voir venir un peu, et que quand même, une peluche, c'est vraiment sympa et c'est pas beaucoup plus cher qu'en magasin, à la différence près qu'ici, l'argent ne servira pas à enrichir le fabriquant mais financera une semaine d'hébergement dans un foyer.
Pendant ce temps-là, mon cerveau, encore lui, en pleine activité, baissait progressivement sa garde. Suis-je psychologiquement faible? Toujours est-il que je me mis à énumérer dans ma tête toutes les raisons, bonnes ou mauvaises, pour acheter une de ces peluches. En vrac : je pourrai toujours offrir cette peluche à une copine si je ne veux pas la garder, je ne fais pas souvent des bonnes actions et en faire une me rendrait moins égoïste, 20 euros c'est pas grand-chose et il faut bien dépenser son argent car on l'emportera pas avec nous dans la tombe, j'aurai qu'à acheter moins de jeux vidéo pour compenser, j'achèterai moins de bouffe ce qui fera un régime à peu de frais...
Bref, j'ai essayé tant bien que mal de me justifier pour ne pas regretter mon acte après-coup. Et le jeune homme est reparti avec un chèque de 20 euros et moi avec une jolie tortue en peluche. En partant, il m'a tendu un reçu avec son nom et un numéro de téléphone où je pourrais m'informer de l'usage qu'il a fait de mon argent. Ainsi promettai-je de prendre de ses nouvelles. Je ne sais pas trop si je le ferai, n'aimant pas me projeter dans le futur et étant paresseux au point de ne pouvoir décrocher un téléphone.
Mais au final, ce vendeur de peluches improvisé est parvenu à trouver en un rien de temps toutes les astuces pour m'influencer et me rallier à sa cause : être patient car je suis long à convaincre, répéter plusieurs fois la même chose pour que mon cerveau s'en souvienne, et parler d'argent avec prudence car je suis très préoccupé par le solde de mon compte bancaire.
Et voici comment on fait d'une simple rencontre un évènement interplanétaire. Demain, je vous raconterai pourquoi je me prends toujours les pieds dans les fils de mes consoles et du magnétoscope, ou encore comment j'ai oublié des cerises dans mon frigo pendant une semaine. Qui a dit que la vie n'était pas palpitante?
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Commentaires